Ehluna coaching - Clarisse Vimard

Pourquoi les conflits ne se résolvent pas (même quand on a identifié le responsable)

Dans de nombreuses situations professionnelles, un réflexe apparaît très vite lorsqu’un conflit éclate : chercher qui a tort et qui a raison. Identifier un responsable semble rassurant, car cela donne l’impression de comprendre la situation et de pouvoir la résoudre.

Pourtant, dans la majorité des cas, même lorsque le déclencheur est identifié, le conflit ne se résout pas, mais il se déplace, s’intensifie ou se transforme.

La raison est simple :

ce qui entretient le conflit ne se situe pas uniquement dans la situation initiale, mais dans la manière dont elle est perçue, interprétée et réactivée par chacun.

Ces mécanismes de perception et d’interprétation sont également au coeur de nombreuses réactions relationnelles en contexte professionnel :

 » Pourquoi c’est si difficile de rester « posé » face aux réactions des autres. »


Chercher le coupable : un réflexe cognitif

Lorsqu’un désaccord apparaît, le cerveau cherche naturellement à simplifier la situation. Identifier une cause unique ou un responsable permet de réduire l’incertitude et de retrouver un sentiment de contrôle.

Cependant, cette logique fonctionne mal dans les interactions humaines, car un conflit ne repose presque jamais sur un seul événement, mais sur une accumulation d’interprétations successives.

Ce besoin de simplifier et d’identifier une cause unique influence fortement la manière dont nous entrons en relation, et peut parfois modifier en profondeur la dynamique émotionnelle d’un échange.

C’est précisément ce mécanisme qui explique pourquoi certaines tentatives d’apaisement, pourtant bien intentionnées, peuvent parfois avoir l’effet inverse :  » Communication et émotions : quand apaiser abîme la relation. »


Ce qui se joue réellement : activation du système de défense

Lorsqu’une interaction est perçue comme menaçante (remarque, ton perçu comme sec, désaccord), le système nerveux active automatiquement une réponse de protection.

Cette activation est rapide, souvent inférieure au temps de réflexion consciente, ce qui explique pourquoi les réactions précèdent parfois l’analyse.

Le corps réagit avant la pensée : tension musculaire, accélération du rythme, changement du ton de voix, modification du débit verbal.

Ces réactions automatiques sont directement liées à la manière dont le corps et le cerveau interprètent une situation sous tension :

 » Posture : ce que votre corps dit avant (ou à la place de) vos mots. »


Pourquoi l’attribution d’un responsable est plus facile que la responsabilité partagée

Identifier la responsabilité dans les conflits est un réflexe naturel. Cela permet de réduire l’incertitude, de structurer mentalement la situation et de retrouver une impression de contrôle.

Pourtant, dans la majorité des cas, les conflits professionnels ne reposent pas sur une seule cause identifiable, mais sur une dynamique relationnelle dans laquelle chacun contribue, à des degrés différents, à l’escalade ou au maintien de la tension.

Accepter cette lecture implique un changement de posture :
passer de “qui a raison ?” à “qu’est-ce que chacun a contribué à créer ?”

Trois repères simples pour développer cette posture :

Sortir du réflexe de désignation

Remplacer “qui est responsable ?” par “qu’est-ce qui a contribué à la situation ?”

Ce simple changement de formulation ouvre la lecture systémique du conflit.

Se questionner avant de réagir

“Quelle est ma part dans ce qui est en train de se jouer ?”

Pas pour se culpabiliser, mais pour identifier :

  • une réaction trop rapide,
  • une interprétation,
  • un ton,
  • un non-dit,
  • ou une absence de clarification.

Reformuler avant de répondre

Avant de réagir, reformuler factuellement ce que l’autre a exprimé permet de :

  • désamorcer l’interprétation immédiate,
  • ralentir le système de défense,
  • et revenir dans une lecture plus objective.

“Si je comprends bien, tu es en train de dire que…”

Et pour aider les autres à prendre leur part de responsabilité dans les conflits :

Dans une situation tendue, il est souvent plus efficace d’inviter l’autre à réfléchir qu’à le confronter.

Quelques formulations utiles :

  • Qu’est-ce qui t’a amené à cette interprétation ?
  • Comment tu as vécu ce moment de ton côté ?
  • Qu’est-ce qui aurait pu être différent selon toi ?

La responsabilité émotionnelle ne consiste pas à désigner un coupable, mais à comprendre comment chacun participe à la dynamique en cours, parfois sans en avoir conscience.

C’est précisément ce type de lecture des situations qu’on retrouve dans les dynamiques relationnelles complexes en entreprise :

 » Quand une équipe se grippe sans problème apparent. »


Les signaux corporels comme indicateurs de bascule

Les premiers signes d’un basculement émotionnel ne sont pas cognitifs mais corporels. Ils peuvent se manifester par :

  • une tension dans la mâchoire ou les épaules,
  • une modification du ton de voix,
  • une interruption plus fréquente de l’autre,
  • une rigidité dans la posture ou le discours.

Ces signaux indiquent généralement une activation de mécanismes de protection liés à des enjeux personnels : reconnaissance, légitimité, ou besoin de contrôle.

Ces manifestations sont souvent les premiers indicateurs de ce qui se joue en nous. Apprendre à les reconnaître permet ensuite de mieux les réguler. A ce sujet, découvrez aussi :  » Gérer le stress au moment d’entrer en piste : quand le corps devient l’allié de la performance. »


Prendre sa responsabilité ne signifie pas se culpabiliser

Prendre sa responsabilité dans les conflits ne consiste pas à se désigner comme fautif, mais à reconnaître sa part dans la dynamique qui s’est installée.

La nuance est essentielle : la responsabilité permet d’agir, la culpabilité fige et enferme dans une lecture limitée de la situation.

Pour soi : sortir du réflexe de culpabilisation

Dans une situation tendue ou une erreur, la culpabilité apparaît souvent automatiquement. Pour éviter qu’elle ne prenne toute la place :

  • distinguer fait / interprétation / intention
  • se poser la question : “Qu’est-ce que je peux ajuster maintenant ?” plutôt que “Qu’est-ce que j’ai mal fait ?”
  • transformer l’erreur en information plutôt qu’en jugement

L’objectif n’est pas de minimiser l’erreur, mais de la rendre exploitable.

Pour son équipe : installer une culture de responsabilité sans peur

Un manager joue un rôle central dans la manière dont l’erreur est vécue collectivement. Quelques leviers concrets :

  • valoriser le retour d’expérience, plutôt que la justification ou la défense
  • nommer explicitement que l’erreur fait partie du processus : “Ce qui nous intéresse, ce n’est pas qu’il y ait eu une erreur, mais ce qu’on en fait maintenant.”
  • séparer personne et action : analyser un résultat sans attaquer l’identité ou la compétence de la personne

Créer un cadre où l’erreur peut être dite

Lorsque l’erreur est associée à la peur du jugement, elle devient invisible, donc non traitable. Quelques pratiques simples :

  • poser régulièrement la question : “Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné comme prévu ?”
  • accueillir les retours sans réaction immédiate
  • remercier la transparence plutôt que sanctionner la prise de parole

Cela transforme progressivement la dynamique : de la défense vers l’apprentissage.

Une équipe performante n’est pas une équipe sans erreur, mais une équipe où l’erreur peut être dite sans devenir une source de culpabilité.

C’est souvent à ce niveau que la différence se joue entre compréhension intellectuelle et transformation réelle des comportements.

La manière dont une équipe vit l’erreur est directement liée à sa culture relationnelle et managériale :

 » Contrôle vs Relation : l’Art Subtil du Management. »


Ce qui se joue réellement derrière un conflit

Si la prise de responsabilité dans les conflits est souvent difficile, ce n’est pas un problème de compréhension, mais d’inconfort interne.

Elle vient toucher des mécanismes plus profonds liés à la manière dont chacun se protège dans les interactions :

L’inconfort émotionnel avant tout

Dans une situation de tension, le cerveau cherche avant tout à réduire l’inconfort. Cela entraîne automatiquement :

  • une tendance à justifier sa position,
  • une recherche de validation,
  • une difficulté à se remettre en question sur le moment.

Ce n’est pas un manque de lucidité, mais une réaction de protection.

Ce que chacun ajoute au déclencheur initial

Un conflit ne repose presque jamais uniquement sur l’événement de départ. Ce qui crée l’escalade, c’est ce qui s’ajoute ensuite :

  • interprétations personnelles,
  • projections (“il / elle a fait exprès”),
  • réactions à chaud,
  • rigidification des positions,
  • besoin de reprendre le contrôle ou d’avoir raison.

Le conflit devient alors une accumulation de couches émotionnelles, pas un simple désaccord.

Ego, drivers et besoins de protection

Sous pression, certains automatismes prennent le dessus. Ils sont souvent liés à :

  • la recherche de reconnaissance,
  • la peur de l’échec ou du jugement,
  • le besoin de contrôle,
  • ou des “drivers” internes (être fort, être parfait, faire plaisir, aller vite, etc.).

Ces mécanismes sont des stratégies d’adaptation construites dans le temps.

Micro-outil d’observation

Dans une situation tendue, un premier pas utile consiste à se poser une seule question :

“Qu’est-ce que cette situation vient toucher chez moi ?”

Cela permet de distinguer le fait réel de la réaction interne.

Un conflit ne se comprend pas uniquement par ce qui est dit, mais par ce que cela active chez chacun des protagonistes.

Ces mécanismes invisibles se retrouvent au coeur des dynamiques relationnelles en entreprises :

 » Ces réactions qui vous échappent… ne sont pas un hasard. »


En conclusion

Comprendre sa part de responsabilité dans les conflits ne suffit pas toujours à résoudre la situation, mais cela change profondément la manière dont on s’y positionne.

Lorsqu’on cesse de chercher uniquement un responsable et qu’on commence à observer la dynamique globale, la lecture de la situation devient plus claire et plus utile.

Cette posture permet de :

  • sortir des logiques d’opposition systématique,
  • désamorcer plus rapidement les escalades,
  • reprendre du pouvoir sur sa propre manière de réagir.

Dans la majorité des conflits professionnels, le sujet n’est pas uniquement ce qui s’est passé, mais la manière dont chacun l’a vécu, interprété et réagi.

La responsabilité dans les conflits ne consiste pas à porter la faute, mais à comprendre sa place dans ce qui se joue, pour pouvoir agir différemment la prochaine fois.

Pour aller plus loin dans la compréhension de vos dynamiques relationnelles et émotionnelles en situation réelle, vous pouvez découvrir l’approche Ehluna Coaching :

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